Le mot samouraï est aujourd'hui connu du monde entier. Pourtant son vrai visage n'est souvent raconté qu'en une seule dimension — celle du “guerrier fort”. Ce que le samouraï honorait vraiment n'était pas le tranchant de la lame, mais la dignité de ne pas avoir à la tirer. Pour comprendre l'Otome-ryū, il faut d'abord revenir à cet esprit.
Le bushidō ── la discipline au-dessus de la force.
Ce qui soutenait la manière de vivre du samouraï n'était pas le pouvoir, mais la discipline. Gi (la droiture), yū (le cœur qui agit sans peur), jin (la compassion envers autrui), rei (la courtoisie du respect), makoto (la parole sans fausseté), l'honneur et la loyauté. Ce n'étaient pas de simples vertus, mais des normes vivantes par lesquelles celui qui portait un sabre se gouvernait chaque jour.
Le sabre était un instrument pour trancher, et en même temps il était tenu pour l'âme même du samouraï. C'est précisément pourquoi ceux qui portaient un sabre devaient posséder la retenue de ne pas le tirer. Plus on détenait de force, plus on la contenait — le bushidō était une philosophie de la responsabilité qui superposait en un tout la force et la maîtrise de soi.
La vraie victoire n'est pas de combattre et de vaincre. C'est de n'avoir jamais combattu, et d'être honoré encore.
Pourquoi les grandes maisons gardaient-elles les arts martiaux en leur sein ?
Avant que le Japon ne devienne un État moderne, les maisons puissantes qui gouvernaient chaque région portaient elles-mêmes la responsabilité de leur continuité et de leur autorité. Ceux qui hériteraient de la maison, ceux qui se tenaient au-dessus des autres, avaient besoin non seulement des techniques martiales, mais du jugement, de la retenue et de l'éthique de ne pas mésuser de la force.
Ainsi, certaines écoles ne furent jamais rendues publiques — elles se transmirent au sein de cette maison, génération après génération. C'est cela, l'Otome-ryū. De même que la Yagyū Shinkage-ryū fut honorée comme enseignement stratégique de la famille shogunale, et que l'Ono-ha Ittō-ryū servit comme instructrice, les plus hautes maisons gardaient près d'elles des arts martiaux soigneusement choisis pour l'éducation de leurs successeurs.
Ce n'était pas du secret pour cacher la technique. Cultiver des cœurs et des corps dignes de ceux qui portent le nom de la famille et sa responsabilité — soigneusement gardée, transmise aux seuls qui conviennent — c'était une transmission qui donnait forme à la responsabilité héréditaire elle-même. Voilà ce qu'était l'Otome-ryū.
Ce qui se transmettait n'était pas la seule technique.
Dans l'Otome-ryū, ce qui passe du maître au successeur n'est jamais la seule technique. La tenue en tant que personne, la responsabilité envers la maison, la retenue de celui qui se tient au-dessus, et le poids de détenir la force — tout est remis, fondu avec la technique. Le successeur apprend d'abord la courtoisie, ensuite le cœur, en dernier la technique. Cet ordre est l'essence de l'Otome-ryū.
La technique n'acquiert de sens que lorsque le réceptacle qui la manie est entier. Le réceptacle, c'est le cœur qui se gouverne, et la résolution de protéger maison et gens. Une technique sans réceptacle finira par mettre la maison même en danger. C'est pourquoi les grandes maisons faisaient hériter la dignité avant la technique.
Aux successeurs d'aujourd'hui.
Cet esprit n'appartient pas au seul âge des samouraïs. Ceux qui héritent d'une entreprise familiale, qui dirigent une organisation, qui se tiennent en position de confier quelque chose à la génération suivante — c'est une sagesse universelle, partagée par tous ceux qui héritent d'une force responsable.
C'est ce point unique que Yoshinkan Honke cherche à porter dans le présent. Apprendre non à se vanter de la force, mais à la tremper. Se gouverner soi-même, pour protéger maison, gens et soi. L'Otome-ryū est la pratique qui porte, jusqu'à notre époque, la dignité de ceux qui portent un sabre.
